Du côté des clichés sur l'Allemagne

Du-cote- des-cliches sur l-Allemagne Du-cote- des-cliches sur l-Allemagne

Du-cote- des-cliches sur l-Allemagne Du-cote- des-cliches sur l-Allemagne

Du-cote- des-cliches sur l-Allemagne

 

 

Retrouvez dans cette rubrique éditée par FAFA-pour-l-Europe

un réquisitoire des clichés sur l'Allemagne et les Allemands.

 


SMIC et SMICS en Allemagne

Germains, Gaulois, Celtes, etc. : quelle différence ?

Länder ou Régions ?

Laïcité et Sekularität

L’invention des écoles publiques allemandes

L’Allemagne pas favorable aux mères ?

Pas de crèches, pas d’allocations familiales, pas de naissances…

Deutschland, Wurstland ?

Un “objet de Noël non identifié”

Le coq et l’aigle

La tricolore fédérale, une si vieille dame

4 raisons qui rendent les Allemands ingouvernables !

Le joli mois de mai et le Maibaum

Le “Osterhase”

Le Sonderweg, un dilemme allemand ?

L’Allemagne est plus drôle que vous ne le pensiez !

A qui appartient Carolus Magnus ?

“Alle Jahre Wieder…

Laïcités respectives – Question de point de vue

 

 

Alors faut-il y croire ou non à ces clichés ?

 

 





Germains, Gaulois, Celtes, etc. : quelle différence ?

26.3.2017 Du côté des clichés 0 Commentaire
Troupes auxiliaires germaines, des combattants mercenaires aux côtés des Romains (sur la Colonne Trajane)
Troupes auxiliaires germaines, des combattants mercenaires aux côtés des Romains (sur la Colonne Trajane)

César est le premier à nommer “Germains” quasiment tous peuples de l’Europe transrhénane, dont le défaut principal semblait être leur refus – à la différence des “Gaulois” – d’entrer comme fédérés dans l’empire romain. “Germain” signifie en latin les “frères” et les Germains sont probablement tous ces “peuples frères” plus ou moins alliés ou contractants avec Rome. Ils fourniront l’Empire romain en bêtes de trait et de monte, ainsi qu’en mercenaires et troupes auxiliaires, mais leurs couches dirigeantes qui négocient ces traités d’échanges ne voudront pas s’intégrer dans un système susceptible de leur ôter les avantages sonnants et trébuchants de l’autonomie et de les obliger à payer l’impôt… Des peuples frères, donc potentiellement faux-frères, cela va ensemble et… de soi.

César

César

César introduit ainsi une différence entre Gaulois et Germains, alors qu’avant lui tous les peuples voisins habitant l’Europe continentale au Nord du Rubicon était globalement désignés comme des Gaulois. Car, en réalité, le terme “Gaulois” correspondait d’abord à la catégorie géographique des territoires et leur peuplement situés au Nord de la République latine. Ainsi la Gaule commençait-elle sur les rives du Rubicon, au Sud de la plaine du Po et s’étendait sur tout le pourtour des Alpes. Pour les Romains, la Gaule englobait donc l’actuelle France, mais aussi l’actuelle Allemagne du Sud, l’Autriche et bien sûr la Suisse.

Aux yeux des Grecs antiques, ces mêmes régions continentales (et non méditerranéennes) étaient peuplées par les “Keltoi” ou “Galatoi”, des mots grecs de la même racine que “Gaulois”. Les Grecs y incluaient la partie non perse de l’Asie mineure occidentale.

Autrement dit, avant César les futurs Germains étaient des Celtes comme les autres. Et ce n’est qu’au 19e siècle que le nationalisme français réduira la Gaule au seul espace politique français actuel.

Hermann ou Arminius

Arminius un général Romain qui a trahi Rome,… les nationalistes en ont fait Hermann, le “Vercingétorix” “allemand, victorieux au Teutoburger Wald et qui a défait le trois légions Romaines de Varus

Environ 30 ans avant la victoire de César à Alésia, le diplomate gréco-romain Posidonios évoquait pour la première fois ces “frères” en parlant d’un peuple que les Tungres (les actuels Wallons) désignaient comme leurs frères à l’embouchure du Rhin (les Flamands).

Posidonius

Posidonius, Philosophe et Diplomate. Le jeune César avait été son élève.

Pour ceux qui s’intéressent à ce que l’on dénomme – en langage scientifique et non folklorique breton – la “culture Celte” (en fait la fin de l’époque dite “de la Tène” qui succède à la période “Hallstatt”… courez vite sur votre encyclopédie “Wikipedia”), ils savent que le foyer de cette civilisation européenne globale était l’espace géographique actuellement occupé par la Franche-Comté et la Lorraine, l’Allemagne du Sud et l’Autriche… Le reste n’est que délire régionaliste dans le sillage des contes et légendes nationalistes.

Teutons imaginaires

Teutons imaginaires

Les “Teutons” de l’époque, de leur côté, ne se sont jamais appelé “Germains”… puisque le mot est latin et utilisé de manière politique pour désigner ces imbéciles de Gaulois qui ne voulaient pas devenir Romains… ce qu’ils sont quand même devenus, mais pour partie seulement, le long du Rhin et en Bavière du Sud et en Autriche.

Ceux que les Romains désignaient comme des “Germains” (après César et Tacite) se dénommaient en réalité en fonction de leurs différentes “nations”, c’est-à-dire les alliances généralement anti-romaines :  die Franken (les insoumis), die Sachsen, die Bayern, die Sueben, die Alamannen, etc….

En tant qu’ensemble, l’addition de ces Nations étaient désigné à partir du 8e siècle par un terme germanique latinisé en “theodiscus” (attesté en 786), puis “diutiscus” (vers 800), enfin “diutisch” en vieil allemand que vous retrouvez en français d’oil sous les noms “Thiais” et “Thiois”.  De là le “deutsch” de l’allemand moderne.

La racine de ce mot en vieux germanique est “theoda” (qui a donné “thousand” en anglais ou “Tausend” en allemand), c’est-à-dire le “millier”.

En fait, ce mot renvoyait à la “masse” (les milliers) des paysans allemands qui ne parlaient pas le latin.

Germain et sa

Germain et sa “frame” (javelot décrit par César)

Quant à l’étymologie fantaisiste de “Germanen” comme les “Ger-Männer”, les guerriers équipés du “ger”, un javelot de jet, elle est contredite par les textes de Tacite en personne. Il décrit soigneusement l’armement germanique et note que le javelot germanique est le “frame” qui sert d’abord à assurer l’avancée des rangs de combattants dans les combats de corps à corps et secondairement au jet à distance. Le “ger” n’apparaît qu’au 8e siècle comme nom d’un javelot de jet qui équipe les armées franques.

Le terme “deutsch” n’a cessé d’être méprisant que vers la fin du 12e siècle pour désigner, à partir de là et de manière neutre, les populations germanophones. Tout comme on dirait les “scandinaves” pour les Suédois, Norvégiens, Islandais, Danois et Finnois, la majorité des Allemands se comprennent encore aujourd’hui comme un ensemble de peuples différents fédérés et non comme une Nation à la française…. le nazisme était une parenthèse tragique largement inspirée de l’exemple unitariste jacobin français. En Allemagne, on reste d’abord Saxon ou Bavarois, par exemple, et l’on est allemand que secondairement. La possession de la nationalité allemande comme nationalité principale a été imposée par Hitler et a été reprise par la République fédérale de 49. Auparavant la nationalité principale des Allemands du Reich était d’abord celle du Land. On était Badois, par exemple, avant d’être Allemand, tout comme actuellement on est Français avant d’être Européen. C’est ainsi que nos passeports actuels sont conçus comme des documents européens émis dans le cadre de chaque état de l’Union. Dans la plupart des aéroports du monde il existe une file spéciale de contrôle réservée aux citoyens européens

Il faut aussi se souvenir qu’on parlait jusqu’à la fin du 15e siècle du “Saint Empire Romain des Nations allemandes” (au pluriel) pour désigner les régions de l’Empire qui étaient peuplées par des Allemands, à une époque où les textes politiques du Saint Empire étaient, quant à eux, encore rédigés majoritairement en latin.

Capture d’écran 2017-03-26 à 12.19.04

Le Saint Empire Romain… des Nations Allemandes (les Allemands ne s’appellent pas “Germains”)

C’est Maximilien Ier qui va appeler à l’unité des Princes allemands en faisant désigner l’Empire dans les Conclusions de la Diète sous le nom de “Saint Empire Romain de Nation Allemande”,… le Français – têtus comme pas un – diront de “Nation Germanique”.

Capture d’écran 2017-03-26 à 12.18.54

Un “vrai” Germain vu par les contemporains

En conclusion, oublions donc les différences – très artificielles – entre catégories (“germains”, “gaulois”, “anglo-saxons”,…) qui ne sont antagonistes qu’en apparence… ou qui conviennent à ceux qui ne cessent de vouloir réinventer les frontières et séparer, voire opposer les Européens entre eux.


 

 

Laïcité et Sekularität

25.4.2016 Du côté des clichés 0 Commentaire
Fronton laïque
Fronton laïque

Par­mi tous les cli­chés stu­pi­des sur l’Al­le­ma­gne, ré­gu­liè­re­ment ser­vis aux Fran­çais par les mé­dias et au­tres com­men­ta­teurs “sa­vants”, ce­lui de l’ab­sence de sé­pa­ra­tion en Al­le­ma­gne en­tre Eglise et Etat et, con­sé­quem­ment, l’ab­sence de “laï­ci­té” à la fran­çaise.

Voi­là un cas d’école d’une mé­con­nais­sance to­tale du sys­tème al­le­mand, une con­tre-vé­ri­té si­dé­rante qu’il se­rait bon de pou­voir cor­ri­ger, pour évi­ter la mul­ti­pli­ca­tion de faus­ses idées sur un voi­sin beau­coup plus “pro­che” que les Fran­çais ne se l’ima­gi­nent.

Tout d’abord no­tons une in­con­grui­té de vo­ca­bu­laire : comme en France, il y a plu­sieurs Egli­ses en Al­le­ma­gne (et ce de­puis la Ré­forme et la Paix d’Augs­bourg) et, qui plus est, il y a 16 Etats fé­dé­rés. Il faut donc par­ler de la sé­pa­ra­tion en­tre les com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses et les Etats (Län­der). C’est un dé­tail qui comp­te.

Plus gé­né­ra­le­ment pour com­pa­rer les deux ré­gi­mes de “laï­ci­té” et de Säku­la­rität” il faut ces­ser de mê­ler la sé­pa­ra­tion en­tre com­mu­nau­tés et ad­mi­nis­tra­tion éta­ti­que d’un côté et, de l’au­tre, les for­mes de la pré­sence des re­li­gions dans l’es­pace pu­blic. Ain­si, par exem­ple, la sé­pa­ra­tion to­tale en­tre l’État amé­ri­cain et les com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses, n’em­pê­che pas une pré­sence très forte des re­li­gions dans la vie po­li­ti­que et celle de la so­cié­té ci­vile. Il s’agit de deux réa­li­tés dis­tinc­tes et il faut exa­mi­ner le cas al­le­mand de la même ma­nière : ne pas se lais­ser trom­per par les ap­pa­ren­ces.

Par­mi tou­tes les ap­pa­ren­ces faus­se­ment in­ter­pré­tées, il y a le fa­meux “im­pôt d’église” et les “cours de re­li­gion” qui font dire aux Fran­çais que l’Etat al­le­mand im­pose à tous ses ci­toyens de payer pour les égli­ses et sou­met tous les élè­ves des éco­les à une “ins­truc­tion re­li­gieuse”.

Fai­sons donc “la peau” à ces deux cli­chés :

1) Il est faux de dire que tous les Al­le­mands payent un im­pôt d’église à l’Etat :

Seuls les croyants, re­cen­sés par le fisc comme mem­bres dé­cla­rés d’une com­mu­nau­té re­li­gieuse, payent un im­pôt pour leur église. Les non-ins­crits dans une quel­con­que église ou sy­na­go­gue ne payent rien… bien heu­reu­se­ment.

Cet “im­pôt d’Eglise” au­près des mem­bres de cha­que église ou com­mu­nau­té re­li­gieuse est col­lec­té dans cha­que Land par les Län­der (donc ni par l’Etat fé­dé­ral, ni di­rec­te­ment par les Egli­ses).

La­ déclaration de l’ap­par­te­nance – ou non – à une Eglise se fait au mo­ment de la dé­cla­ra­tion d’im­pôts. Co­cher sur sa dé­cla­ra­tion fis­cale que l’on est ca­tho­li­que ou pro­tes­tant ou au­tre est un acte pu­re­ment ad­mi­nis­tra­tif et non la re­con­nais­sance d’une foi. Il existe d’ailleurs des athées qui font par­tie d’une com­mu­nau­té d’Eglise, sim­ple­ment parce que c’est une fa­çon de par­ti­ci­per à une par­tie de la vie as­so­cia­tive lo­cale, par exem­ple, et des croyants qui ne sont pas mem­bres d’une com­mu­nau­té.

Il faut com­pren­dre – et c’est dif­fi­cile pour les Fran­çais qui ne con­nais­sent qu’une Na­tion in­di­vi­si­ble avec un Etat – que dans le sys­tème fé­dé­ral al­le­mand les Egli­ses et au­tres com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses sont con­si­dé­rées par les Etats al­le­mands et par la Fé­dé­ra­tion comme des “Cor­po­ra­tions de droit pu­blic” qui à l’ins­tar du Va­ti­can ont une sou­ve­rai­ne­té de type éta­ti­que sur les mê­mes ter­ri­toi­res qu’eux. El­les jouis­sent ain­si d’un sta­tut d’Etats à côté et sé­pa­rés des Etats ter­ri­to­riaux, mais avec des pou­voirs li­mi­tés : el­les n’ont droit de faire ni ar­mée, ni po­lice, ni di­plo­ma­tie, ni pré­lè­ve­ment des im­pôts.

Con­sé­quem­ment, en tant que corps pu­blics sé­pa­rés des Etats et qui as­su­ment des ser­vi­ces pu­blics pro­pres à leurs or­ga­ni­sa­tions, el­les ont be­soin d’un bud­get au­to­nome. Mais comme el­les n’ont pas le droit de pré­le­ver un im­pôt, cha­que Land leur rend le ser­vice de le pré­le­ver à leur place (en même temps que le sien pro­pre).

En échange de ce ser­vice de “fer­mage gé­né­ral”, cha­que Land pré­lève au pas­sage, pour ré­tri­buer son ser­vice, un pour­cen­tage de cette masse fi­nan­cière (va­ria­ble se­lon les Län­der, dans une four­chette ap­proxi­ma­tive en­tre en­vi­ron 2 et 5%).

Ain­si con­trai­re­ment à l’Etat fran­çais, les Etats al­le­mands ne payent pas de char­ges qui in­com­bent aux Égli­ses, tel­les par exem­ple cel­les des sa­lai­res de pro­fes­seurs des éco­les con­fes­sion­nel­les pri­vées (au reste as­sez ra­res en Al­le­ma­gne) comme c’est le cas pour sec­teur sco­laire pri­vé et con­fes­sion­nel fran­çais.

Les Etats fé­dé­rés ver­sent des sub­ven­tions aux égli­ses pour l’en­tre­tien ma­té­riel des égli­ses re­mar­qua­bles, alors qu’en France c’est l’Etat qui gère di­rec­te­ment les bâ­ti­ments ins­crits aux mo­nu­ments his­to­ri­ques (et les com­mu­nes, les au­tres).

L’Etat par­ti­cipe ce­pen­dant au sa­laire des hauts res­pon­sa­bles des ap­pa­reils des Egli­ses (les évê­ques). C’est fon­dé his­to­ri­que­ment sur la sé­cu­la­ri­sa­tion des biens d’église et une forme de “dé­dom­ma­ge­ment” (éter­nel ?) des dio­cè­ses. Mais cela a éga­le­ment un sens par rap­port au rôle de mé­dia­teur des évê­ques en­tre l’Etat sé­pa­ré des ap­pa­reils des Egli­ses (et au­tres com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses dé­cla­rées comme Cor­po­ra­tion de droit pu­blic).

Hé­las, les mu­sul­mans, in­ca­pa­bles de s’en­ten­dre, sont pri­vés de cette pos­si­bi­li­té de se cons­ti­tuer un bud­get au­to­nome.

2) Il est faux de dire que l’en­sei­gne­ment re­li­gieux con­cerne tous les en­fants al­le­mands :

Seuls les en­fants des croyants qui l’ac­cep­tent “bé­né­fi­cient” de cet en­sei­gne­ment. Dans cer­tains Etats les en­fants “dis­pen­sés” par leurs pa­rents doi­vent sui­vre un en­sei­gne­ment mo­ral laïc. Ailleurs les en­fants n’ont pas de cours.

Qui plus est en­sei­gne­ment ne sau­rait être con­fié à des hom­mes/fem­mes d’église. Ce sont des en­sei­gnants laïcs, fonc­tion­nai­res d’Etat, qui sont seuls ha­bi­li­tés à dé­li­vrer les con­nais­san­ces du fait re­li­gieux aux en­fants ins­crits dans ces cours fa­cul­ta­tifs (mais les dif­fé­ren­tes com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses ont le droit de re­gard sur les con­te­nus).

Com­men­tai­res

Pour tou­tes ces rai­sons, nom­bre d’Al­le­mands pen­sent vi­vre sous un ré­gime de sé­pa­ra­tion des Egli­ses et des Etats plus strict (et plus clair) que ce­lui des Fran­çais, pour sa part plu­tôt opa­que.

Cette sé­pa­ra­tion est dé­si­gnée en Al­le­mand par le terme “Seku­la­rität” qui, en pra­ti­que, si­gni­fie la même chose que “laï­ci­té” en France. Pour les Al­le­mands le terme “laïc” (der Laie) est in­uti­li­sa­ble, voire étrange. En ef­fet, le terme dé­si­gne, à la ma­nière du ca­tho­li­cisme fran­çais, le croyant mem­bre de la com­mu­nau­té qui n’a pas ac­cès aux sa­cre­ments.

C’est pour­quoi l’al­le­mand “Laie” dé­si­gne aus­si, par ex­ten­sion et d’abord, l’ama­teur op­po­sé au pro­fes­sion­nel, voire un igno­rant tout court.

Cela dit, la sé­pa­ra­tion à l’al­le­mande en­tre Egli­ses et Etats est éga­le­ment con­si­dé­rée par cer­tains Al­le­mands comme une sé­pa­ra­tion in­ache­vée, sur­tout au re­gard de la sé­pa­ra­tion to­tale dont les USA sont le mo­dèle. En ef­fet, cette sé­pa­ra­tion à l’al­le­mande sup­pose une co­exis­tence par­te­na­riale et des ac­cords de coo­pé­ra­tion en­tre les deux ins­ti­tu­tions. En France l’Etat sé­cu­lier se con­si­dère comme seul et uni­que Etat sur son ter­ri­toire et se place au des­sus de toute vie as­so­cia­tive, com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses com­pri­ses.

Cette hié­rar­chie fran­çaise est, aux yeux des Fran­çais une évi­dence qu’il se­rait su­per­flu d’in­ter­roger. Mais, vu de l’ex­té­rieur, cette om­ni­pré­sence éta­ti­que à l’”étage” su­pé­rieur de la société sem­ble pro­lon­ger tout na­tu­rel­le­ment une réa­li­té po­li­ti­que déjà im­po­sée par l’ab­so­lu­tisme mo­nar­chi­que.

La for­mule al­le­mande est, quant à elle, le ré­sul­tat d’un com­bat de près de deux siè­cles en­tre les puis­sants sé­cu­liers et les or­ga­ni­sa­tions re­li­gieu­ses. Ce com­bat a cul­mi­né au cours du fa­meux Kul­tur­kampf (après 1871 aux dé­buts du Reich al­le­mand) mené par Bis­marck con­tre les ca­tho­li­ques et le Va­ti­can (voir le PDF de l’ar­ti­cle Wi­ki­pe­dia à té­lé­char­ger au bas de cette page).

Mais cette ha­che de guerre que la Ré­pu­bli­que de Wei­mar a su ha­bi­le­ment en­ter­rer en 1919, avait déjà été dé­ter­rée bien avant : c’est une lon­gue his­toire al­le­mande de­puis la Que­relle des In­ves­ti­tu­res jus­qu’aux guer­res de re­li­gions. La Paix d’Augs­burg pour sa part n’avait abou­ti qu’à une co­exis­ten­ce tan­tôt fra­gile, tan­tôt bien ac­cep­tée des re­li­gions en­tre el­les.

En France, au con­traire, le ca­tho­li­cisme est long­temps res­té seule re­li­gion li­cite. Les li­ber­tés des re­li­gions à peine ins­tal­lées après la Ré­forme ont été ra­pi­de­ment abo­lies par la Ré­vo­ca­tion de l’Edit de Nan­tes. La loi de 1905 a su im­po­ser une co­exis­tence de com­mu­nau­tés li­ci­tes, mais l’ac­tua­li­té mon­tre que les Fran­çais ont en­core un pro­blème avec la di­ver­si­té des re­li­gions et leur vi­si­bi­li­té dans l’es­pace pu­blic. C’est la rai­son pour la­quelle on peut pen­ser que l’ab­so­lue laï­ci­té à la fran­çaise a quel­que peu hé­ri­té du sta­tut (et des in­to­lé­ran­ces) de l’an­cienne re­li­gion d’Etat ca­tho­li­que et sa re­ven­di­ca­tion ab­so­lu­tiste.

No­tons aus­si que l’his­toire al­le­mande a été tra­mée d’une suc­ces­sion de di­ver­ses sé­cu­la­ri­sa­tions des biens d’égli­ses dès la fin de la Guerre de Trente Ans avec le Trai­té de Westpha­lie en 1648.

La sé­cu­la­ri­sa­tion, puis la “laï­ci­té” fran­çaise, avec son ca­rac­tère car­ré et ab­so­lu­tiste, s’est faite de ma­nière plus abrupte, au mo­ment de la Ré­vo­lu­tion, puis avec la Loi de 1905. Chez les Al­le­mands, la sé­para­tion en­tre Egli­ses et Etats al­le­mands, est le ré­sul­tat d’un long pro­ces­sus pro­gres­sif et ca­ho­teux, avec une suc­ces­sion in­in­ter­rom­pue de com­pro­mis en­tre les or­ga­ni­sa­tions re­li­gieu­ses et les puis­sants de ce monde.


Länder ou Régions ?

12.2.2017 Du côté des clichés 0 Commentaire
Carte RFA
 

Les journaux français sont coutumiers de phrases du type “dans les länder (régions allemandes)…” semant ainsi la confusion de la définition politique française de la Région avec celle, allemande, du Land. Pourtant les deux notions n’ont rien de comparable.

Land c’est d’abord la terre ferme émergée, puis la terre arable et, par extension, la campagne par opposition à la ville, voire un paysage typique. Dans ce cas Land et région peuvent se ressembler.

Mais, en politique, le mot Land a le sens du français Etat, à savoir un espace délimité par une frontière et avec son gouvernement propre. Les Régions sont des subdivisions politiques et administratives de l’organisation décentralisée de Etat français. Les seize Länder sont des Etats unis en fédération (littéralement Bund).

Quand un Land légifère en matière d’éducation, la RFA ne mène pas une politique décentralisée de l’enseignement, simplement le Bund n’a que peu de compétence en la matière. La RFA n’est pas un état décentralisé, mais un ensemble d’Etats qui ont centralisé et délégué certaines compétences à un gouvernement commun. Entre Etats et Gouvernement fédéral règne, comme en Europe et dans toutes les Fédérations, le vieux principe de la subsidiarité : tout problème politique est à régler au niveau le plus bas, à moins qu’il soit trop faible pour le résoudre seul. Ce principe de hiérarchie montante des niveaux de décision plonge ses racines loin dans le temps, jusqu’au mythiques “libertés germaniques“, objet de disputes interminables entre historiens et idéologues. La plupart des nations germaniques nées de l’ancien Saint Empire Romain sont (ou étaient) des fédérations : l’Autriche, la Suisse (*), la Belgique, l’Allemagne (**), les Provinces Unies (***). Aux Etats-Unis la Fédération repose même sur la souveraineté de l’individu, avant celles des organisations politiques aux souverainetés étagées depuis la commune jusqu’à la fédération.

Cette idée fédérale qui est liée à la notion politique de subsidiarité des pouvoirs est étrangère à l’unitarisme du Royaume de France, puis de la République Française.

Depuis la plus haute antiquité, les Allemands n’ont connu que 12 ans d’unité qui n’ait pas été fédérale, durant la parenthèse national-socialiste d’Hitler, ainsi qu’à l’Est durant les 41 ans du régime communiste (**). En 1945, les Alliés avaient rétabli les Länder abolis par Hitler. La nouvelle fédération occidentale date de 1949, unie avec les nouveaux Länder de l’Est en 1990.

 

(*) La Confédération helvétique repose encore sur une autonomie communale très développée, dans le cadre de Cantons ayant rang d’Etats. 

 

(**) Les Fédérations successives ont été le Royaume des Teutons ou Regnum Teutonicum au sein du fédéral Saint Empire Romain  (911-1806), Le Fédération du Rhin ou Rheinbund (1806-1815), la Fédération Allemande ou Deutscher Bund (1815-1866 ), la petite Fédération Nord Allemande ou Norddeutscher Bund (1867-1871), Le Deutsches Reich (1871-1949) et la Bundesrepublik de 1949. 

 

(***) L’actuel Royaume des Pays-Bas (depuis 1839) est devenu unitariste au moment de la Révolution. D’abord Provinces-Unies  (en 1579), ensemble de sept provinces indépendantes les unes des autres (pouvant lever les impôts et armées séparément), elles sont devenues République batave (1795) et Royaume de Hollande (1806) sous la tutelle française napoléonienne.

 

NB : Cet article a été publié initialement dans le N° 202 des “Rencontres Franco-allemandes” publié par les Echanges Franco-Allemands

 


 

L’invention des écoles publiques allemandes

24.6.2015 Du côté des clichés 0 Commentaire
Philipp Melechthon, parrain de l'école allemande
 

Luther, Melanchthon, Pestalozzi et les autres.

Dites “école” à un Français et il vous répondra Jules Ferry… Ecole publique, gratuite et laïque,…républicaine, peut-être aussi Charlemagne.

Souvent les Français voient l’école, au milieu de leur roman national, comme un des aboutissements de leur histoire révolutionnaire et comme modèle républicain dont un lointain arrière grand-père – Charlemagne – aurait peut-être préparé les bases.

Que répondrait un Allemand ? Y avait-il un Jules Ferry allemand ? Quelles sont donc les racines du système scolaire d’outre-Rhin ?

Certes, quelques Allemands érudits se souviendront que Charlemagne a favorisé et multiplié les écoles monacales datant du Ve siècle ap. J-C. Mais la légende du grand-père de l’école et sa barbe fleurie leur est étrangère. Quant à la naissance de l’école moderne, ni date, ni grand fondateur politique.

Par contre, il existe un document fondateur : la lettre ouverte que Martin Luther écrivit en 1524 à l’adresse des édiles communaux, les enjoignant de créer et financer des écoles primaires obligatoires pour filles et garçons, gratuites pour les pauvres.

En 1592 une première principauté allemande, le Duché du Palatinat-Zweibrücken, mit sa volonté en pratique. Puis vinrent, entre autres, Strasbourg en 1598, le Wurtemberg en 1559, la Saxe-Gotha en 1642, le Brunswick en 1647, la Prusse en 1717, la Bavière en 1771, l’Autriche en 1774… Progressivement tous les Etats allemands avaient donc imposé le régime de l’obligation scolaire (*), de manière inégale, avec des durées variables (de 6 à 8 ans). Mais, comme ailleurs en Europe (y compris en France) la résistance des sociétés rurales ont souvent réduit ces règles à de simples déclarations d’intentions.

Il existe cependant un parrain de l’école allemande : le compagnon de route de Luther, Philipp Melanchthon (1497-1560), théologien, philologue, humaniste et concepteur des premiers livres de classe. Surnommé “Précepteur des Allemands“, il est considéré comme le vrai père de la didactique de l’école allemande publique.

Le second parrain de l’école primaire allemande est Suisse : Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827). Ce théoricien de la pédagogie au Siècle des Lumières inspire guide toujours les enseignants allemands actuels (**).

Il préconisait l’enseignement des connaissances de base susceptibles d’aider chaque individu à progresser par lui-même et il s’est fortement impliqué dans l’instruction des couches sociales déshéritées, visant explicitement un enseignement pour tous, quelque soit la confession ou le statut social, en vue de créer des individus capables d’être des citoyens responsables.

En 1872, le prussien, Heinrich von Sybel, évoquant la défaite française de 1871, jugeait nécessaire que la France connût aussi “l’instauration de l’enseignement obligatoire pour tous selon le modèle allemand ; il ne faut pas dire que les connaissances transmises dans nos écoles primaires font des individus de grands érudits, mais il est de fait que cet enseignement général leur donne à tous le goût de juger par eux-mêmes et d’examiner avec circonspection“.

Jules Ferry avait-il lu ce pamphlet anti-français ?

Quant aux polémistes français actuels et autre tenants des “fondamentaux”, n’auraient-ils pas intérêt à lire un peu de Pestalozzi ?… et comprendre pourquoi on ne peut pas faire “boire un âne qui n’a pas soif” (sic Pestalozzi), qu’il est donc impératif de provoquer la soif de savoir, au lieu de contraindre les enfants à ingurgiter des abstractions qui telles quelle ne sauraient les intéresser

 

(*) A ne pas confondre avec le principe français de l’obligation d’instruction qui n’oblige pas à la fréquentation de l’école publique.  Voir l’article de Wikipedia (en allemand) : Schulpflicht (Deutschland) – Wikipedia

(**) Ses écrits étaient sur la table de chevet du grand pédagogue français Célestin Freinet, un pédagogue français du début du 20e siècle et qui n’a toujours pas vraiment trouvé sa place, sauf à la marge, dans la manière de penser l’école et l’enseignement en France.

 


L’Allemagne pas favorable aux mères ?

16.6.2015 Du côté des clichés 0 Commentaire
Mary Cassatt : Maternité '1890)
Mary Cassatt : Maternité '1890)

Parmi les préjugés qui ont la vie dure, celui d’une Allemagne qui serait incapable de permettre une maternité heureuse contrairement à la France qui aurait tout mis en place pour que les jeunes mères puissent s’épanouir pleinement et pour que la stabilité de sa démographie soit ainsi pleinement assurée.

Mais le classement du bonheur maternel dans le monde témoigne d’une toute autre réalité (où l’Allemagne se classe loin devant la France en matière de facilités offertes aux mères).

Le classement mondial du bonheur maternel :

Norvège 1ère, Allemagne 8e et France… 23e

La Norvège est le meilleur pays du monde pour être maman et la Somalie, le pire. C’est la conclusion d’un article de l’Internaute qui rend compte du palmarès annuel établi début mai 2015 par l’ONG Save the children (“Sauvez les enfants”). On y lit que l’Allemagne se classe à la 8e place mondiale et la France à la… 23e, loin donc derrière l’Allemagne. Pour qui a vécu en Allemagne avec des enfants, il sait d’expérience à quel point ce pays sait être “kinderfreundlich”, contrairement à sa réputation (et à ce que croient les Allemands eux-mêmes, souvent trop critiques et qui surévaluent l’offre des autres, en particulier celle de la France).

Télécharger l’article :  Etre mamans dans le monde

Ou téléchargez le  directement sur le site de “L’internaute.com” 

La carte des 10 meilleurs :

être maman classemt


 

Pas de crèches, pas d’allocations familiales, pas de naissances…

1.4.2015 Du côté des clichés 4 Commentaires
Image pieuse allemande : le sacro-saint
Image pieuse allemande : le sacro-saint "Kindergarten" par Hugo Oehmichen (1843-1932)

Dans la série, contes et légendes sur l’Allemagne actuelle, certaines idées toutes faites sont particulièrement tenaces : c’est bien connu, si les Allemands ne font pas autant d’enfants que les Français, c’est parce qu’ils n’ont pas le systèmes de crèches comme en France.

Autrement dit, les allemandes qui désirent travailler sont donc obligées soit d’y renoncer et rester à la maison, soit de trouver un “job” minable à mi-temps.

D’ailleurs cette obligation de choisir entre famille et travail (ou revenu supplémentaire pour augmenter le pouvoir d’achat du couple) serait confortée par l’idéologie rétrograde - héritée d’un douteux et lourd passé - des “Trois K”, le slogan traditionaliste “Kinder, Küche, Kirche” (Enfants, cuisine, Eglise) qui limite le rôle de l’épouse à l’élevage des enfants, la production domestique et la participation à la vie de la communauté religieuse et ses bonnes oeuvres.

Et, même, voudrait-on se dégager de cette vision d’antan, les foyers avec enfants ne sont pas vraiment aidés. D’ailleurs, si les foyers allemands pouvaient bénéficier d’allocations familiales, ça se saurait ! non ?…

Etc, etc,… Que n’entend-on pas ? Que d’horreurs au pays du “miracle économique” !

Relativisons donc un peu.

Pas de crèches !? Vraiment ?

Tout d’abord soyons méthodique : la comparaison par laquelle il faut commencer est non pas celle terme à terme des différents moyens pour faire garder des enfants de moins de trois ans, mais plutôt celle des taux réels des enfants qui peuvent (ou ne peuvent que) bénéficier d’une prise en charge non parentale, généralement à l’extérieur du foyer et en structure plus ou moins collective.

Pourcentage des différentes prises en charge des enfants français de moins de 3 ans (chiffres l’Observatoire national de la petite enfance) :

  • structures de garde collective : 10 %
  • assistantes maternelle : 18 %
  • diverses gardes autres : 9%
  • garde par les parents : 63 %

Pourcentage des différentes prises en charge des enfants allemands de moins de 3 ans (chiffres du Statistisches Bundesamt) :

  • structures de garde collective, assistantes maternelles, diverses gardes autres : 28 %
  • garde par les parents : 72 %

Entre la France et l’Allemagne il y a donc un petit écart de 63 à 72, soit de 9 %

Et c’est cette petite différence qui devrait expliquer à elle seule que les Allemands ne font pas assez d’enfants ??? En marge, notons aussi que la “reproduction” exemplaire des Français n’est pas non plus suffisante pour renouveller intégralement la population française.

Le plus extraordinaire est que les Allemands – jamais contents d’eux-mêmes et toujours prompts à critiquer leur système en le comparant à ceux des autres – croient, eux aussi, dur comme fer que les enfants français ont tous une place à la crèche.

Le chiffre “qui tue” : La rareté des crèches en France

Kitas en F

Alors pourquoi ce mythe des “crèches françaises” a-t-il la vie si dure et est-il partagé par les Français et les Allemands. N’est-ce pas étrange ?

Mais ne nous plaignons pas trop, pour une fois qu’ils partagent un même cliché…

Cela dit, si les chiffres démentent le cliché, la question reste ouverte : pourquoi les Allemands font-ils si peu d’enfants ?

Bien sûr, il fallait y penser, la politique d’aide généreuse inhérente au système social français prévoit des allocations familiales substantielles. A l’inverse des Français, même si les Allemands voulaient enfin se dégager de cette vision d’antan de la mère au foyer, ils hésiteraient certainement puisqu’ils ne sont pas vraiment aidés….

… dit-on, croit-on, répète-t-on en tous lieux.

Voyons donc les chiffres réels.

Les fameuses allocations familiales qui leur manquent ?…

Où l’on voit que les foyers allemands qui osent quand même faire des enfants bénéficient de quelques soutiens :

Les chiffres en Allemagne :

  • Pour  tous les enfants jusqu’à 18 ans, un foyer allemand touche 184 € dès le premier enfant et 368 € pour deux enfants… une misère ?
  • Pour le troisième enfant on passe à 190 € (soit 558 € pour trois enfants)
  • Pour tout enfant supplémentaire, on ne vous donne que 215 € (soit 773€ pour quatre enfants par exemple)
  • Jusqu’à 25 ces payements restent assurés si l’enfant étudie ou est apprenti.

Les chiffres en France :

  • Le montant mensuel des allocations familiales varie selon le nombre d’enfants à charge au foyer :
  • 1 enfant = 0 €
  • 2 enfants = 129,35 €
  • 3 enfants = 295,05 € ;
  • 4 enfants = 460,77 € ;
  • Et pour tout enfant supplémentaire =+ 165,72 €.

773 € pour 4 enfants  en Allemagne contre 460,77 € en France, 988 € pour 5 enfants en Allemagne contre 626,49 en France… Il n’y a pas photo, allez donc faire vos enfants en Allemagne ! ça rapporte plus!

Mais alors ? Pourquoi ces damnés Allemands sont-ils si peu “kinderfreundlich” ? N’aiment-ils donc pas les enfants ?

 

Hypothèses sociologiques

(… parmi d’autres)

La dimension culturelle

Les Allemands ont une vision de l’enfance comme une sorte de monde à part, obligatoirement idyllique et qui préserve à l’enfant, pour son plein épanouissement, une grande marge de liberté pour jouer et rêver. Or les contraintes inhérentes aux structures collectives (et même de la solution bancale d’une “mère de remplacement”) rognent sur cette marge de liberté qui assure une joyeuse enfance. Autrement dit, une mère qui confie ses enfants à l’extérieur ou à quelqu’un d’autre n’aime pas son enfant, ne lui veut pas du bien. Elle est donc une “Raabenmutter“, une mère corbeau qui jetterait ses enfants hors du nid.

Bref, ils se pourrait que les Allemands ne font pas d’enfants parce qu’ils aiment trop les enfants. Ils ne voudraient en faire qu’à la condition de pouvoir leur donner les conditions d’une enfance idéale. Puisqu’il faut bien avoir deux salaires, les Allemandes qui vont travailler préfèrent se priver d’enfants pour éviter de faire des enfants “frustrés”, parce que “malheureux” dans une structure collective qui les empêche de s’épanouir pleinement.

Stop !… Petit arrêt sur un autre cliché : les allemandes restent à la maison et ne travaillent pas !

  • taux d’emploi féminin en Allemagne : 66 % (Eurostat 2012)
  • taux d’emploi féminin en France : 60 % (INED 2012)

Là aussi les chiffres démentent le cliché. Les Allemandes sont plus nombreuses à travailler que les Françaises. La vraie différence entre France et Allemagne est que les femmes allemandes sont plus nombreuses à travailler à mi-temps. Autrement dit, compte tenu des horaires des écoles, beaucoup de femmes allemandes rentrent tôt à la maison accueillir  les écoliers qui sortent à 13 heures de l’école.

Quelques chiffres complémentaires (Eurostat et INED) :

  • 50% des Allemandes âgées de 55 à 64 ans travaillent, contre 37% des Françaises (… plus de grand-mères qui ont du temps pour s’occuper des petits-enfants ?)
  • en 2011, le  taux de chômage des Allemandes était de 5,6% contre 10,2% en France (ça n’a pas dû beaucoup changer en 5 ans)
  • entre 1989 et 2010, le taux allemand de l’emploi à temps partiel était passé de 30% à 45% en Allemagne, alors qu’en France il est resté stable à 30%
  • Près des deux tiers des mères d’enfants de moins de quinze ans allemandes travaillent à temps partiel, contre un tiers  en France. 
  • Si on prend en compte le volume horaire travaillé par les Allemandes, le taux d’emploi en équivalent temps plein est  de 45 % en Allemagne  et 53 % en France.

Démographie, pauvreté et menaces sur l’avenir des familles

Les sociétés repues  font moins d’enfants que les sociétés pauvres (voir ci-dessous “Discussion“). A l’inverse, la majorité des Allemands de la seconde moitié du 19e, des masses paupérisées se concentrant dans les centres industriels naissants, battaient des records du nombre des naissance (une douzaine d’enfants étaient quasiment la norme). Après la guerre, on a observé un phénomène identique dans les pays sous développés du tiers monde… et actuellement un tassement des naissances dans les pays désormais en voie de développement. Remarquons encore que les familles du tiers-monde (où les taux de natalité battent des records) qui viennent s’établir en Europe voient leur natalité et leur fertilité s’aligner très rapidement (en une génération) sur celles des populations dites “de souche”des pays riches.

La raison de cette différence entre pauvres qui font beaucoup d’enfants et des “riches” qui vénèrent l’enfant unique, voire n’en font pas ? Dans les sociétés pauvres, dans le pire des cas, le salaire des enfants est un moyen de survie des familles. Dans des sociétés moins pauvres, la descendance nombreuse assure au moins la possibilité d’une solidarité intra-familiale à défaut de solidarité sociale.

On pourrait alors faire l’hypothèse que dans des sociétés riches comme la France ou les USA qui battent des records de natalité, l’angoisse d’un avenir menacé et moins bien assuré (risques sur l’emploi et risque d’une forte diminution des revenus à l’âge de la retraite) rend nécessaire de s’assurer une plus forte descendance et donc de potentiel de solidarité intra-familiale que dans les pays où la menace sur les retraites et la valeur des patrimoines sont moins fortement ressenties.

Autrement dit, et en conclusion, tout le monde aime les enfants, mais, selon les sociétés, les besoins d’enfants – et l’obligation d’en faire malgré de mauvaise conditions éventuelles – peuvent varier.

La France bat tous les records des personnes angoissées face à leur avenir et la fragilité sociale. Les Français ont donc peut-être vraiment besoin de faire des enfants, un peu plus que les Allemands et par peur de l’avenir.

Bien sûr, ce n’est qu’une hypothèse.

 

Discussion

Cette généralisation est une hypothèse étayée par de nombreux exemples. Mais il existe également des exemples contraires, éventuellement interprétables comme des “exceptions à la règle”.

Voir à ce propos cet article de synthèse : DEMOGRAPHIE ET CROISSANCE ECONOMIQUE 

Lire aussi ce petit texte extrait de  Relation entre pauvreté et fécondité dans les pays du Sud  (Connaissances, méthodologie et illustrations) de Bruno SCHOUMAKER et Dominique TABUTIN  (Document de Travail n° 2 Février 1999) / Université catholique de Louvain / Département des Sciences de la Population et du Développement :

…En définitive, que tirer de tout cela ? On a bien une diversité de résultats. A des niveaux très élevés de fécondité (5,7 enfants et plus en moyenne), dans les sociétés donc qui globalement n’ont pas amorcé de transition, les relations sont soit légèrement positives, soit légèrement négatives, soit parfois même en J-inversé. Rien de bien clair donc. En revanche, les sociétés en changement de fécondité (qui en sont en moyenne au- tour de 4,5 enfants) présentent toutes une relation très négative : la fécondité baisse clairement des plus pauvres aux plus riches ; l’intensité du contrôle de la fécondité dans un premier temps est liée au niveau de vie (et sans doute d’instruction, nous y reviendrons). Dans les situations de faible fécondité, il y a soit un maintien, soit un recul de ces inégalités. En définitive en dehors de situations anciennes (années 60 et 70) où la relation est plutôt positive et de quelques cas en J-inversé, la pauvreté semble bien conduire à une plus forte fécondité.

 

Le classement mondial du bonheur maternel :

La Norvège est le meilleur pays du monde pour être maman et la Somalie, le pire. C’est la conclusion d’un article de l’Internaute qui rend compte du palmarès annuel établi début mai 2015 par l’ONG Save the children (“Sauvez les enfants”). On y lit que l’Allemagne se classe à la 9e place mondiale et la France à la… 23e, loin donc derrière l’Allemagne. Pour qui a vécu en Allemagne avec des enfants, il sait d’expérience à quel point ce pays sait être “kinderfreundlich”, contrairement à sa réputation (et à ce que croient les Allemands eux-mêmes, souvent trop critiques et qui surévaluent l’offre des autres, en particulier celle de la France).

Télécharger l’article :  Etre mamans dans le monde

Ou téléchargez le  directement sur le site de “L’internaute.com” 


 

Deutschland, Wurstland ?

29.1.2015 Du côté des clichés 0 Commentaire
Photo DZT / Kulinarik Hielscher Volker
Photo DZT / Kulinarik Hielscher Volker

Allemagne, pays des saucisses et de la bière

Bien sûr, ce n’est pas totalement faux. On compte 1500 sortes de saucisses en Allemagne…

On aime aussi la grande diversité des pains, les Bretzels ou encore la saucisse au curry à laquelle on a dédié un musée entier à Berlin.  Mais les traditions culinaires allemandes sont bien plus riches.

Parmi ces spécialités, il faut citer la fameuse sauce verte de Francfort qui a marqué la ville puisqu’elle a son propre festival ! Le nord de l’Allemagne compte de nombreuses spécialités à base de poisson, que l’on peut retrouver par milliers sur le marché de Hambourg. Pour finir le repas sur une note sucrée, l’Allemagne possède  une grande diversité de gâteaux à déguster toute l’année. Il existe toutes sortes de « Torten » avec ou sans crème et beaucoup de spécialités régionales : du gâteau à la broche (Baumkuchen) à la Forêt-Noire, douce tentation issue de la région du même nom en passant par le « Stollen » de Dresde,  il y en a pour tous les goûts.

La grande vedette d’une cuisine fine est sans aucun doute l’asperge. Elle est cultivée dans toutes les régions et la consommation par personne est quatre fois plus élevée qu’en France !  KULINARIK_Käflein_Achim

Une des capitales de l’asperge en Allemagne : Schwetzingen (Pays de Bade), la Spargelstadt (Ville des asperges) / aller sur le site de Schwetzingen 

 

Le saviez-vous ?

L’Allemagne, le 2e pays des étoilés Michelin en Europe

Beaucoup de Français l’ignorent, l’Allemagne est au second rang européen des étoilés Michelin, derrière la France, mais avant l’Italie et l’Espagne. La 51e édition du Guide Michelin Allemagne répertorie (àcôté de 3817 hôtels)  2229 restaurants dont : 11 étoiles, 37 deux étoiles et 226 une étoile, sans oublier les 452 restaurants avec le label Bib Gourmand qui récompense les établissements proposant un menu complet (entrée, plat et dessert) de qualité pour un maximum de 35 euros.

La page Allemagne sur le site de Michelin 

 

C’est ainsi que s’apprécie l’Allemagne.

Bière et saucisse font bien entendu partie de la fête et de l’animation, mais il ne s’agit là que d’une infime partie de la large palette des plaisirs qui s’offrent à vous en Allemagne.

Partez à la découverte de la gastronomie allemande sur le site de l’Office du Tourisme Allemand

Vous serez étonné de la variété de mets et d’expériences gastronomiques à votre disposition.


Un “objet de Noël non identifié”

30.11.2014 Du côté des clichés 0 Commentaire
Version traditionnelle de la couronne de l'avent, avec bougies et rubans, généralement rouges (Photo Wikicommons - Cornischong at Luxembourgish Wikipedia
Version traditionnelle de la couronne de l'avent, avec bougies et rubans, généralement rouges (Photo Wikicommons - Cornischong at Luxembourgish Wikipedia

La couronne de l’Avent

Depuis peu les couronnes de l’Avent envahissent les étals de fleuristes et de décorations de Noël. Venue d’outre-Rhin, la couronne de sapin avec ses quatre bougies reste encore un mystère pour beaucoup d’entre nous : c’est joli,… mais was ist das ?

Chez les romains, l’adventus, ou le grec epiphaneia (apparition), désignait autant la présence divine que la venue d’un personnage de haut rang. Les chrétiens reprirent le terme pour désigner l’apparition du Christ. A l’origine, l’attente de cette apparition était marquée par un jeûne (1) de six semaines, du 11 novembre, fête de la St-Martin (2), au 6 janvier, date initiale de Noël.

De calendrier papal en calendrier papal, l’Avent s’est réduit aux quatre semaines avant le Noël actuel. Elles marquent le début de l’année ecclésiastique et symbolisent également les quatre millénaires bibliques de l’attente du Messie. Chaque dimanche a une fonction commémorative différente (3).

Au XVIe, la couronne des vainqueurs, symbolise le retour du Christ et participe à cette période de préparation. Auparavant, dans les campagnes du Moyen-Âge la roue garnie de bougies était le signe solaire du retour de la lumière. Mais, Ô surprise !, la couronne actuelle (en branches de sapin) remonte à une invention du pasteur Heinrich Wichern en 1839 dans un orphelinat protestant de Hambourg (avec 24 bougies, une pour chaque jour des quatre semaines avant Noël).

Le pasteur Johann Hinrich Wichern, inventeur de la couronne de l'Avent

Le pasteur Johann Hinrich Wichern, inventeur de la couronne de l’Avent

L’Adventskranz s’est alors répandu comme une traînée de poudre et a fait son entrée dans les églises catholiques allemandes au cours des années vingt.

Le fin du fin est d’aller en forêt, d’en rapporter des rameaux de sapin, de les tresser en couronne, d’enrubanner celle-ci de rouge et d’y planter quatre bougies, enfin de la suspendre au-dessus de la table.

Le fin du fin : bricoler sa couronne soi-même

Le fin du fin : bricoler sa couronne soi-même

Dimanche après dimanche on allume une bougie de plus – ce n’est qu’au quatrième Avent que toutes les quatre bougies sont allumées – et on chante des Weihnachtslieder, les chants de Noël traditionnels. En buvant du vin chaud à la cannelle, on croque le Weihnachtsgebäck, biscuits aux épices, aux amandes, au chocolat,… (treize recettes différentes !) préparés avec l’aide gourmande des enfants et enfournées sur de grands plateaux de tôle. Pour les croyants, la lumière des bougies est celle que le Christ apporta au monde. Pour tous les autres, ce rituel est un moment de partage familial très chaleureux, voire émouvant.

La seule lueur des bougies... un must !(Photo Wikimedia Commons - Bubamara)

La seule lueur des bougies… un must !(Photo Wikimedia Commons – Bubamara)

Il faut bien sûr éteindre les autres lumières et, très facilement, l’émotion cérémonielle si chère aux Allemands fait naître un soupçon de larme qui brille dans la lumière des bougies. Plus sentimental que ça, tu meurs.

A l’origine la couronne était pendue au plafond avec le longs rubans rouge, jusqu’à hauteur de tête, mais de plus en plus souvent on la trouve posée sur la table.

 

  • (1) L’église catholique a supprimé le jeûne de l’Avent en 1917.
  • (2) Le souvenir de Saint-Martin reste une grande fête traditionnelle allemande, avec défilé aux flambeaux et repas familial autour d’une oie braisée garnie de Knödel et choux rouge.
  • (3) Successivement, le pardon accordé à Adam et Ève, la foi d’Abraham au don de la terre promise, l’alliance de David avec Dieu, l’enseignement des prophètes qui annoncent un règne de justice et de paix… ou encore : l’entrée de Jésus à Jérusalem, l’espoir de son retour, Saint-Jean Baptiste comme prédécesseur du Christ, les louanges de Marie.

 

Le coq et l’aigle

23.8.2014 Du côté des clichés 0 Commentaire
Capture d’écran 2014-08-23 à 16.32.29
 

Un coq chantait si fièrement qu’un aigle envieux s’en irrita… C’est ainsi que La Fontaine aurait pu commencer une fable sur une vieille rivalité franco-allemande.

Expression d’une volonté impériale germanique, l’aigle ne cesse d’inquiéter. A tout instant, on le sent prêt à fondre sur quelque innocent agneau égaré… Tandis que le coq, ce sympathique volatile, incarnation de la fierté gauloise, contemple hardiment nos tranquilles campagnes. Mais d’où viennent vraiment ces deux volatiles que tout semble opposer ?

Le coq – en latin gallus (un gallinacé) – a un air de famille avec le fier Gaulois que moquaient les Latins. Pas rancuniers les Français ! Ils ont su tourner cette dérision à leur avantage. Mais sait-on que les aigles impériaux de Byzance, de Charlemagne, du Saint Empire, de la Sainte Russie, etc. nous viennent aussi de Rome ? Signe jupitérien, oiseau sacré des légions romaines, fièrement porté à leur tête par l’aquilifer, l’aigle des Césars est le symbole de l’efficacité de la vigilance impériale au dessus des petits royaumes querelleurs.

Le pouvoir impérial n’est pas ivre de conquête, mais soucieux de la paix universelle – la Pax Romana – la première tentative de pacification de l’Europe et de l’Orient. Les Kaisers ou Csars (ou Caesars) des Empires Chrétiens, dans leur volonté de faire durer l’Empire de Rome, montreront l’aigle impérial partout où l’exercice de leur arbitrage souverain l’exige. Dans la constitution du Saint Empire Romain (*), l’Empereur n’a pas le droit de guerre à l’extérieur des frontières. Les “Impériaux” ne sont pas son armée mais les fidèles vassaux qui mettent leurs soldats au service de la paix intérieure, sous le regard aiguisé de l’aigle.

L’aigle ne possède que sa vigilance. Ceux qui se battent, ce sont les lions, les ours, les panthères, les léopards, les loups… On les retrouve sur les écus des royaumes et des chevaliers. Leurs griffes et leurs dents sont autrement plus offensives que les serres de l’aigle.

Quant aux aigles de Napoléon et d’Hitler, ils sembleraient plutôt usurpés.

 

(*) l’ajout “de Nation Allemande” ou “Germanique” n’apparaîtra qu’à la fin du XVe siècle et n’a plus été utilisé dans les actes officiels au delà du début du XVIIe. Sa réutilisation depuis la seconde moitié du XXe pour désigner la période qui va d’Otton Ier jusqu’en 1806 est un abus de langage.


 

La tricolore fédérale, une si vieille dame

23.8.2014 Du côté des clichés 0 Commentaire
Berlin, le 19 mars 1848 : la barricade de Breite Strasse
Berlin, le 19 mars 1848 : la barricade de Breite Strasse

Depuis la folie du foot et du “mundial” l’Allemagne pavoise sans complexes : aux fenêtres, aux balcons, en haut des portes des voitures, sur les rétroviseurs, sur les murs du bistrots… une débauche de drapeaux petit et grands. Inquiétant ? Non ! Au contraire, ce “patriotisme” sportif tranche singulièrement sur certains pavoisements de sinistre mémoire. Cette fois-ci il est plutôt bon enfant, spontané et sans arrière-pensée politique.

Mais sait-on bien ce que signifie la tricolore allemande : noir, rouge et or ?

Elle est le drapeau des Républicains de 1848 et de l’Assemblée de Francfort, puis du Reich sous le régime républicain dit de Weimar et, depuis l’après-guerre, celui de la République fédérale d’Allemagne (également de feu la République Démocratique Allemande).

Ne dites jamais “noir-rouge-jaune” : les nazis avaient  ainsi dégradé les couleurs républicaines pour désigner leurs ennemis jurés : le noir des catholiques, le rouge des socialistes et le jaune pour les juifs.

Aux yeux des Républicains de 1848, le noir rappelait les temps sombres de la féodalité et le rouge incarnait leur combat révolutionnaire menant les Allemands unis vers un nouvel âge d’or, de liberté, de justice et de fraternité : „Schwarz die Vergangenheit, rot der Kampf und golden die Zukunft.“ (Noir le passé, rouge le combat et d’or l’avenir)

En 1849, devant la première Assemblée Nationale de Francfort, le roi Guillaume IV de Prusse avait commenté les couleurs allemandes ainsi :

Es sind die deutschen Farben per excellens, sie schildern den philosophischen und politischen Weg den die Deutschen Denker der Aufklärung eröffnet haben : Aus Nacht durch Blut zum Licht! (1)

Mais, bien avant que les quarante-huitards ne s’en emparent, noir-rouge-or étaient déjà les couleurs allemandes des “Burschenschaften” (sociétés étudiantes) de la Confédération Germanique qui rêvaient d’unité nationale républicaine. En 1819, ils chantaient entre autres :

Denn nicht ein Meteor, das, schnell entzündet,
Am schwarzen Himmel wieder untergeht,
Nein dieses Rot hat Schöneres verkündet,
Nicht Eitles, was die eitle Zeit verweht,
Die schwarze Nacht muß sinken,
Ein Morgenrot erblinken.
Schon bricht sein goldner Strahl hervor mit Kraft –
Das ist dein Zeichen, teutsche Burschenschaft! (2)

Ces étudiants vénéraient la couleur noire des uniformes (avec boutons dorés et ceinture de tissu rouge) du Freikorps du Freiherr von Lützow, le corps franc de la Résistance allemande qui se battait contre l’occupation napoléonienne.

Cavalier des Corps Francs de Lützow

Cavalier des Corps Francs de Lützow

Le poète Theodor Körner le magnifia ainsi en 1813 :

Wildherzige Reiter schlagen die Schlacht,
Der Funke der Freiheit ist glühend erwacht,
Und lodert in blutigen Flammen.
Und wenn Ihr die schwarzen Reiter fragt :
Das ist Lützow´s wilde verwegene Jagd. (3)

Etincelle, braise et flammes sanglantes et le noir des cavaliers…

Ils n’étaient pourtant pas les premiers. Car on dit que, durant la Guerre des Paysans (1524 et 1525), les miliciens de la “horde noire” de Florian Geyer arboraient eux aussi ces trois couleurs dans leurs combats révolutionnaires contre les féodaux et l’Eglise. Le fameux chevalier d’empire aurait dit :

Unser Gold haben Adel und Pfaffen aus unserm Schweiß geschlagen, bis unsere Trauer schwarz war wie Nacht und unsere Wut rot wie Blut.“ (4)

Couleurs révolutionnaires, couleurs républicaines et… couleurs impériales : elles sont  aussi les couleurs héraldiques du Saint Empire. Le 4 mars 1152, lors du sacre royal de Frédéric Barberousse à Francfort (trois ans avant d’être couronné empereur à Rome), le tapis sur lequel il se rendit de la cathédrale à sa Résidence, au “Römer”, était aux couleurs noir, rouge et or. Derrière son passage, on découpa le tapis en morceaux que l’on distribua à la foule en liesse. Les citoyens de Francfort en firent des fanions et les accrochèrent aux fenêtres et à leurs hallebardes avec lesquelles ils défilèrent dans les rues. Un premier pavoisement joyeux et populaire plus de huit siècles avant celui de la coupe du monde de football !

Le noir était la couleur du pouvoir armé, le rouge celle du pouvoir de justice pénale et d’or était la lumière divine qui éclairait l’empereur. Noir était l’aigle impérial, rouge son bec et ses griffes, le tout sur fond or. C’étaient déjà les couleurs des Césars antiques qui régnaient du Tigre à Gibraltar et du Main à l’Atlas.

Une longue, longue histoire…

 

(1) Ce sont les couleurs allemandes par excellence, elles décrivent le chemin philosophique et politique que les penseurs allemands des Lumières ont ouvert : sortir de la nuit par le sang (en allant) vers la lumière

(2) Car, non pas tel un météore qui, vite embrasé,
sombre de nouveau dans le ciel noir,
non! ce rouge a annoncé quelque chose de plus beau,
rien de vain qu’un vain temps disperse,
la nuit noire doit s’effacer,
une aurore rouge s’allumer,
déjà son rayon doré apparaît avec vigueur,
c’est ton signe, Burschenschaft allemande ! Le sang

(3) Des cavaliers féroces mènent la bataille
l’étincelle de la liberté s’est élevée luisante
et s’embrase en flammes de sang
Et si vous interrogez les cavaliers noirs :
c’est l’audacieuse chasse sauvage de Lützow

(4) La noblesse et les curés ont frappé notre or avec notre sueur jusqu’à ce que notre deuil soit noir comme la nuit et notre colère rouge comme le sang


4 raisons qui rendent les Allemands ingouvernables !

1.7.2014 Du côté des clichés 2 Commentaires
Demo Freiheit
statt Angst 
(27 sept. 2007)
Photo : carstingaxion / Carsten Bach
Demo Freiheit statt Angst (27 sept. 2007) Photo : carstingaxion / Carsten Bach

“Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ?” Charles de Gaulle nous avait prévenu. Ca doit donc être vrai ! D’ailleurs, la lecture quotidienne des journaux nous le confirme. C’est bien ça qui fait la différence entre Français et Allemands. Non ?

La preuve : sur le net allemand on apprend que les Allemands n’ont que 150 fromages. C’est dire ! Et c’est ainsi que les piétons y obéissent aveuglément aux feux rouges.

Ah ! Les Allemands et la discipline… ce vieux rêve français !

Cela dit, on fait quand même dire n’importe quoi aux chiffres (…paix à l’âme du Général !)

Chez les Allemands il existe (selon Saint-Web) :

  • 300 sortes de pain,
  • 1 270 brasseries,
  • 1 500 saucisses,
  • 5 000 à 6 000 bières,…

Mais, est-ce bien vrai ?

Même si les chiffres sont variables, il n’en reste pas moins que l’Allemagne ne peut être qu’un pays de grand désordre et les Allemands ingouvernables.

Notez bien, les choses s’arrangent. Avant 1648, leur Fédération au sein du Saint-Empire regroupait près de 300 états. Aujourd’hui, la République fédérale réunit seulement 16 états.

C’est quand même mieux que 275 fromages… même si ça fait, entre autres, 16 “Mammouths” de pédagogues transis, allemands, cabochards et ingouvernables.

Oder ?

Alles nur Käse !… Ist uns doch Wurst ! (les bons germanistes comprendront)

 

Pour vous documenter (en allemand… pour exercer le vôtre):


 

Le joli mois de mai et le Maibaum

30.4.2014 Du côté des clichés 0 Commentaire
Un Maibaum 
sur le marché Munichois,
le Vktualienmarkt
Un Maibaum sur le marché Munichois, le Vktualienmarkt

En ce début du mois de mai, c’est le moment de se rappeler que ce jour symbolique de l’histoire des luttes syndicales a aussi été la “victime” de bien des détournements par les totalitarisme du 20e siècle.

L’aventure malheureuse d’un premier 1er mai franco-allemand

En France, la “Fête du Travail” est instaurée pour la première fois le 24 avril 1941 par le régime de Vichy.

Le gouvernement du Maréchal Pétain avait été le seul gouvernement parmi tous les pays Européens à avoir aligné son pays sur l’Allemagne nazie. La fête du 1er mai, d’abord célébration vichyste de la “Révolution nationale”, sera néanmoins confirmée par le gouvernement issu de la Libération, en avril 1947.

En Allemagne – ah ! le fameux “modèle allemand” servi à toutes les sauces – le 1er mai avait été déclaré férié une première fois le 10 avril 1933.

Le lendemain du 1er mai 1933 – l’année de la prise de pouvoir des Nazis – les syndicats sont interdits… Oh ! Le joli mois de mai !

Un an après, en 1934, la fête des travailleurs est déclarée “Fête Nationale du Peuple Allemand“… Serait-ce là l’origine de cette horripilante image des “Allemands travailleurs et disciplinés”, autre version fallacieuse de l’incontournable modèle allemand ?

En RDA, le 1er mai était la “Journée internationale de combat et de célébration des travailleurs pour la paix et le socialisme” (pourquoi faire court quand on peut mentir longuement). Le symbole en était un oeillet rouge,… C’est moins galant que le muguet offert par Charmes IX aux Dames de sa cour.

Pour un nouveau 1er mai franco-allemand !

Aujourd’hui le 1er mai est – le plus souvent possible – un week-end long, l’occasion d’un “pont” et, occasionnellement, d’un “viaduc”. Au fond, c’est assurément une façon plus “soft” de fêter le travail et une meilleure façon de faire du franco-allemand : profitez-en pour faire une escapade chez le voisin !

A vos Guides Verts Michelin et envahissez donc l’Allemagne ! Sus aux vertes campagnes, noires forêts, châteaux, abbayes baroques, Kaffee-Kuchen, maisons à colombages, Riesling et autres joyeusetés d’outre-Rhin comme, par exemple, le Maibaum (Arbre de mai). Allez donc les admirer. Bien sûr, ça ne vaut pas le voyage, mais c’est intéressant et ça mérite peut-être même le détour.

Der Maibaum

Après l’arbre de Noël et l’arbre de Pâques, voici l’arbre de Mai : les Allemands vénèrent les arbres ! (*) et toutes les occasions sont bonnes pour dresser un arbre en place publique.

Autrefois, la tradition de l’arbre de Mai était européenne, aujourd’hui elle reste vivace en Allemagne du Sud et rhénane. Nos anciennes mythologies faisaient de mai un mois des fête en l’honneur de la végétation, des fleurs, des sources et de l’eau. A cette occasion on célébrait aussi les ancêtres fondateurs de lignées, l’amour et même l’érotisme. Le nom même de ce mois dérive de Maia, la déesse de la fécondité. Plus tard – christianisme oblige –  le mois de mai a été revu et corrigé en mois de la Sainte-Vierge Marie. Mais l’arbre est resté comme témoignage des anciennes croyances aux forces de la nature et leur domestication par les ancêtres, les héros et les dieux primordiaux.

L’élévation du Maibaum est l’occasion de processions, de danses joyeuses et prestations musicales des orphéons municipaux. Pendant que les uns s’activent à le dresser, les autres les observent en dégustant… force bières et saucisses grillées (what else !). On démonte l’arbre à la fin du mois, mais parfois il reste en place jusqu’en automne. En Bavière – les Bavarois sont une nation très conservatrice – il reste souvent en place toute l’année.

La nuit du 1er mai était aussi la nuit de la Walburge, une soeur bénédictine anglaise que Saint Boniface fit venir en Allemagne pour y revigorer la foi chrétienne. Abbesse de Heidenheim, elle s’y connaissait en matière de magie et de guérison par les plantes. Elle mourut en 778 et l’on raconte que de son tombeau jaillit une huile miraculeuse qui protégeait de toutes sortes de maléfices. En son souvenir, durant la nuit du 30 avril au 1er mai, les Allemands allument volontiers un feu réputé purificateur.

L’Inquisition ne resta pas indifférente aux dérives de la fête de mai et condamna la nuit du 1er mai en la qualifiant de sabbat des sorcières. Au Concile de Milan, en 1579, l’Église a interdit “de couper les arbres avec leurs branches, de les promener dans les rues et dans les carrefours, et de les planter ensuite avec des cérémonies folles et ridicules”.

(*) D’ailleurs les peuples de la Germanie antique abusivement qualifiés des tribus sont dans le vocabulaire ethnologique allemand des Stämme, littéralement des troncs (d’arbre). L’arbre est donc le début de toute chose et nos diverses “racines” nationales ne sont pas loin.


Le “Osterhase”

17.4.2014 Du côté des clichés 12 Commentaires
Photo-Gerbil-248x300
 

Le “Osterhase”

ou

Les allemands croient qu’à Pâques les lièvres pondent des oeufs !

Der Osterhase, le fameux “lapin de pâques” des Allemands est un lièvre (lapin se dit Kaninchen) !… Les bons germanistes et autres adeptes de la théorie du genre auront bien sûr remarqué le masculin. Le lapin de pâques est donc un lièvre mâle qui pond des oeufs !

C’est à l’aune de ces incongruités d’outre-Rhin que l’on peut juger de la qualité de l’enseignement zoologique et biologique dispensé aux petits Français par l’école-républicaine-publique-et-laïque-gratuite. En effet, le cartésianisme de la France catholique s’en tient aux faits, rien qu’aux faits : c’est bien une pluie d’oeufs que les cloches des églises parties à Rome déverseront sur nos riantes campagnes printanières au cours de leur vol de retour à la fin de la Semaine Sainte. Voilà qui est limpide et parfaitement logique.

Non content de les pondre, le Osterhase peint ses oeufs dans son atelier au fond de son terrier, une sorte de réplique pascale de celui de ce gros bonhomme rouge, joufflu et barbu, lui aussi une créature de l’imaginaire germanique (voir dans cette même rubrique le remarquable article consacré au mythe du Père Noël, figure dérivée du dieu Wotan).

Qui plus est, le Osterhase a découvert la bipédie, parle et semble doué d’intelligence. C’est dans une hotte de vigneron qu’il va emporter ses oeufs – miraculeusement transformés en chocolat et massepain – pour aller les distribuer, ou plutôt pour aller les cacher dans les jardins (sous les meubles, dans les fonds de fauteuil, au pied des plantes en pot… quand Pâques est trop précoce, trop neigeux ou trop pluvieux).

C’est proprement pervers : il vient nous offrir des oeufs, mais il les cache. Allez y comprendre quelque chose. Nos bonnes vieilles cloches catholiques, elles au moins, elles arrosent large et sans autre discernement que celui de leur infinie charité.

Au matin de Pâques on lâche les chères têtes blondes dans le jardin (ou dans le salon), munis d’un petit nid d’osier et garni de fausse herbe verte en papier. C’est dans ce nid  qu’ils collecteront les oeufs qu’ils rapporteront triomphalement, histoire de bien montrer qu’ils sont plus malins que le lapin… ou le père (?) qui les avait caché.

Mais où les Allemands vont-ils chercher tout ça ?

Albrecht Dürer, Le Lièvre,

Le Lièvre d’ Albrecht Dürer

Autrefois, on assimilait le lapin printanier à la fertilité espérée en début de période de semailles et de plantations. Chauds – sans doute en raison de la douceur moelleuse de leur pelage – les lapins se mutliplient assez facilement. Mais dans nos cages campagnardes ce sont des lapineaux qui sortent du ventre des femelles.

Quant à l’œuf, il symbolise la germination du printemps que les vieux Germains saluaient en mangeant force oeufs en honneur de la déesse Eastre (cf. easter pour Pâques en vieux saxon et donc aussi en anglais). Tout logiquement, le lièvre était l’animal emblématique de la déesse.

Aujourd’hui, les Allemands poussent le vice jusqu’à garnir leur maison et leur jardin d’arbres de pâques ou bouquets de branches de pâques. On y pend des oeufs multicolores, comme des boules dans les sapins de Noël.

Cela dit, il faut savoir que nous revenons de loin : autrefois, en Westphalie, c’était un renard qui apportait les oeufs, en Bohême un coq et en Thuringe une cigogne. Pouvez vous imaginer que certains Suisses osaient même attribuer les oeufs au coucou ? A propos de coucou, quand les Germaniques se promènent dans la forêt printanière et qu’ils y entendent le premier coucou de l’année, ils font sonner leur monnaie dans leur poche en formulant le voeu que l’argent se multiplie. C’est sans doute à l’origine du fameux miracle économique allemand.

Mon Dieu, mais où les Allemands vont-il chercher tout ça ?


Le Sonderweg, un dilemme allemand ?

15.3.2014 Du côté des clichés 0 Commentaire

Le “Sonderweg” était l’”exception culturelle” à l’allemande

A la fin du Saint-Empire (1806), l’appartenance impériale était déjà une abstraction dans la jungle des duchés, monarchies et républiques allemandes. L’identité allemande avait perdu toute consistance.

Comment concevoir une nation faite d’Etats multiples aux traditions et identités culturelles propres ? Dans le Saint Empire, Mozart n’était pas Autrichien, mais sujet de l’Archevêque de Salzbourg. La loi d’une nationalité commune aux Saxons, Bavarois, Prussiens, etc., attendra 1913.

Longtemps, les Allemands étaient confrontés à une alternative paradoxale : soit être le Volk der Dichter und Denker (1), unis par la langue, leurs créations culturelles et des principes philosophiques, soit appartenir à une Volksgemeinschaft (2). Unité de principes ou unité ethnique, l’affirmation d’une supériorité tantôt intellectuelle, tantôt raciale était programmée.

Jusqu’à l’Empire fédéral de 1970, monarchistes et républicains visaient des unités différentes, mais partageaient néanmoins l’idée d’une Kultur allemande spécifique, nourrie à la source des philosophes et empreinte de culture savante, par nature supérieure aux Zivilisationen, par exemple des Anglais et et des Français, supposées superficielles et immédiates, un ensemble de traditions et d’habitudes, sans plus. Cet esprit allemand se voulait exemplaire : “Am deutschen Wesen soll die Welt genesen” (3) était la formule emblématique du Sonderweg allemand (4).

Après que la Prusse eut exclu l’Autriche et fédéré les autres Etats dans la Kleine Einheit (5), l’idée d’une spécificité culturelle s’est confondue avec le principe d’une gouvernance prussienne autoritaire éclairée. Les républicains furent contraints à l’exil, une partie des Allemands interdits d’unité. C’est dans ces marges que la spécificité politique et culturelle a lentement dérivé vers l’affirmation d’une “nature” allemande. Le Sonderweg a ouvert la voie à la Volksgemeinschaft de sinistre mémoire.

Coïncidence ou convergence ? Le débat sur l’Europe se réfère aussi tantôt à un principe de paix et à ses oeuvres culturelles, tantôt à ses origines culturelles et limites géographiques (6).

Faut-il se méfier des spécificités culturelles ?

 

(1) Peuple des poètes et penseurs

(2) La communauté nationale (ethnique)

(3) “La spécificité allemande doit régénérer le monde” extrait du poème Deutschlands Beruf (La vocation de l’Allemagne) d’Emanuel Geibel (1861)

(4) “Voie spécifique” décrite par l’historien contemporain Hans-Ulrich Wehler.

(5) Petite unité

(6) La IIIe République française a également fait co-exister ses valeurs universalistes avec une âme gauloise commune.


L’Allemagne est plus drôle que vous ne le pensiez !

4.2.2014 Du côté des clichés 0 Commentaire
Capture d’écran 2014-02-04 à 17.22.27
 

Fasching, Fastnacht, Karneval… journées folles avant le Carême

Ca commence le 11 novembre. Ce jour là les Allemands ne songent pas à commémorer la Grande Guerre. A 11h11 précises débute le grand cycle des bals carnavalesques qui s’achèvera dans les festivités débridées d’hiver. Cette période marque intensément la vie associative allemande.

En Allemagne, le Carnaval est un événement social incontournable. En France, le Carnaval se réduit généralement à quelques joyeusetés enfantines. Parmi les exceptions notables, en majorité au voisinage des grands pays carnavaliers ou dans l’Ouest, citons entre autres : Nice, Nantes, Dunkerque, Cholet, ou Mulhouse…

Qui s’en étonnera ? On ne compte plus les interdictions successives, depuis le Moyen-Age, tant de la Monarchie que de la République françaises, toutes deux allergiques aux désordres de la spontanéité populaire. Le Carnaval a toujours inspiré la méfiance des politiques et des hommes d’église. Et là où la religion d’Etat tenait le haut du pavé – en France comme dans certains Etats protestants – le Carnaval a été progressivement affaibli, voire interdit.

La crainte du Carnaval s’explique aisément : il est contestataire par nature. C’est le moment où la « société civile » règle ses comptes, y compris – et le plus souvent – avec le monde de la politique. Il est le souvenir des temps où les sociétés n’avaient d’histoire que cyclique. Dans toutes nos sociétés archaïques, on fêtait régulièrement l’achèvement du cycle de circulation des biens et des engagements réciproques, suivi du recommencement d’une nouvelle vie collective. On mimait le chaos, puis le retour à l’ordre et on « remettait les compteurs à zéro » en effaçant les dettes, tant matérielles que morales.

Dans les sociétés modernes, là où il vit toujours, il sert de soupape pour dissoudre dans le rire les rancœurs accumulées. L’agenda du carnaval témoigne du temps carnavalesque archaïque : le chaos de la fin de l’univers, l’inversion des ordres établis et la chasse aux mauvais esprits. Les Romains fêtaient les Saturnales où, par exemple, les maîtres servaient les esclaves. Dès le IVe siècle, le catholicisme a su récupérer cette tradition. On peut décrypter le chaos symbolique dans les 40 jours de la tentation du Christ dans le désert (le carême), avant que son sacrifice ne sauve le monde. Carnaval  signifie ciao la viande, donc faire carême. En allemand Fastnacht et Fasching désignent le temps avant le carême, la nuit où le monde va se dissoudre.

Pour y aller : allez dans la rubrique “Un tour en Allemagne


 

A qui appartient Carolus Magnus ?

30.1.2014 Du côté des clichés 3 Commentaires
Le vitrail Charlemagne à Metz
Le vitrail Charlemagne à Metz

Charlemagne est mort le 28 janvier 814. La récente commémoration de ce jour funeste incite à se pencher sur son identité… ou ses “racines” selon un terme à la mode ?

Quand il fut couronné le jour de Noël 800 les Romains s’écrièrent “Vive Charles Auguste ! Vie et victoire au grand et pacifique Empereur des Romains, couronné par Dieu lui-même”.

Et pourtant ce sont les Allemands et les Français qui se disputent ce divin Romain. N’est-ce pas étrange ?

Allez donc le voir sur le parvis de Notre-Dame à Paris, en selle et entouré de ses leudes (…seine Leute) : il a des airs de bon barbare, longue barbe, cheveux longs et lourds vêtements germaniques.

Charlemagne et ses leudes devant Notre-Dame de Paris

Charlemagne et ses leudes devant Notre-Dame de Paris

Charlemagne, un Français exemplaire !

Aux yeux des Français, le Franc Charlemagne entre dans une longue lignée de héros fondateurs et promoteurs de la Nation, parmi – entre autres – Vercingétorix, Clovis, Louis XIV, Napoleon Bonaparte,… Au pays où l’école publique laïque et obligatoire est censé assurer les fondement de la conduite républicaine, la figure de l’Empereur à la longue barbe blanche suggère celle d’un grand-père gâteau des écoliers.

Karl der Grosse, un méchant allemand ?

Charlemagne comme l'imagina Albrecht Dürer en 1512

Charlemagne comme l’imagina Albrecht Dürer en 1512

Pour les Allemands, c’est le premier de leurs empereurs, l’un des plus grands régnants de leur histoire, avec Barberousse et son petit-fils Frédéric II, Charles IV, Charles Quint, le Prussien Frédéric II dit – lui aussi – le Grand, Marie-Thèrèse de Habsbourg et son fils Joseph II., et on en passe.

Parfois considéré comme précurseur du Saint Empire Romain, il a souvent été magnifié en tenue romaine. Mais certains nostalgiques d’une “germanité” mythique se souvenaient aussi que ce cruel conquérant avait été l’ordonnateur du massacre des Saxons. Ce vieux “génocide” aurait sonné le glas des “libertés germaniques” et des vieux parlements locaux (les Things)

Alors, qui a raison ?

Quand Charlemagne fit rédiger “Capitulare de villis vel curtis imperialibus” il semblait animé du souci non seulement de créer un outil encyclopédique utile, mais aussi de fondre la culture gréco-romaine avec celle du continent celto-germanique.

Son biographe Eginhard († 840) raconte aussi que Charles voulut faire coucher par écrit et dans sa langue maternelle les contes et légendes de son enfance. Quelques rares fragments ont survécu à la purge des textes païens par les clercs de l’église du Moyen-Âge. Ces textes sont en langue franque, du vieil allemand (fränkisch).

Et alors ?…  ça prouve quoi ? Rien !… Si ce n’est qu’il n’est point nécessaire de parler le français pour devenir un grand Français !

La preuve par la monnaie !

En 1996, à la surprise générale, on déterra dans les fouilles de l’ancien palais carolingien d’Ingelheim (en Rhénanie-Palatinat) une pièce de monnaie à l’effigie de Charlemagne. Et à quoi pensez-vous qu’il ressemblait ? Un Franc ? … avec une longue barbe “fleurie” (blanche) et de longs cheveux en bataille ? Non, il a une tête de César romain avec une grande moustache franque à la Bové… un franco-allemand en tenue romaine ? Probablement un Romain avant tout, au sens politique du terme, un Européen qui se revendiquait Romain… Et peut-être n’est-ce là qu’un pléonasme.

Denier de Charlemagne (812-814). Cabinet des Médailles, Paris. (Photo PGHCOM)

Denier de Charlemagne (812-814). Cabinet des Médailles, Paris. (Photo PGHCOM)


“Alle Jahre Wieder…

3.12.2013 Du côté des clichés 2 Commentaires
Moritz von Schwind / Münchener Bilderbogen / 1848
Moritz von Schwind / Münchener Bilderbogen / 1848

… kommt der Weihnachtsmann”. Le Père Noël revient chaque année chantent les Allemands. Chaque année aussi, la presse nous ressert la légende du Père Noël de Coca-Cola.

Gros rougeaud jovial, en épaisse pelisse rouge, Saint Nicolas aurait été réinterprété par des publicitaires US. Mais en Germanie, dès le Moyen-Âge,le valet de Saint-Nicolas, Ruprecht, vêtu d’une longue pelisse rouge ou noire, bordée de fourrure, vient installer l’arbre de lumière et déposer les cadeaux à son pied. Il manie une verge et porte un sac rempli de cadeaux. Ruprecht serait une contraction de “rauer Percht”, le “rude démon”.

En France, l’écuyer de Nicolas était le “Père Fouettard”. Saint-Nicolas est le patron des marins, en quelque sorte le Poseidon (ou Neptune) chrétien. Or, Poséidon était accompagné de son fils Triton qui aimait répandre la terreur. Le valet Ruprecht ou Père Fouettard semble ainsi être en droite ligne dans la tradition de Triton.

Le culte de Saint-Nicolas rappelle aussi celui de Wotan (ou Odin). Au solstice d’hiver, il venait visiter les mortels pour annoncer le renouveau. Commandant vents et tonnerre, il parcourait les airs, sur son grand cheval blanc  (comme Saint-Nicolas) et pénétrait les foyers par la cheminée. Avec sa longue barbe, sa pelisse rouge et son chapeau à larges bords, il maniait une verge fertilisante, “la verge de vie” (Lebensrute).

Dans sa version scandinave, Odin était très populaire. Le vieux bonhomme à barbe blanche, géant et jovial, était un bon vivant, corpulent et robuste. Son palais, dans le Grand Nord, était le lieu d’énormes banquets (ou réveillons ?). Il pouvait consommer, à lui seul et en un seul repas, un boeuf complet, huit saumons et une foule de friandises sucrées. Sans sourciller, il buvait d’un trait, trois tonneaux d’hydromel. Ensuite, il partait sur son chariot, tiré par quatre chevaux blancs, parcourir les airs en tonitruant. Ce tonnerre annonçait la fertilité de la pluie. Jamais méchant, quoique facilement irritable, il avait un faible pour les humains et surtout pour les enfants (en Gaule, on l’appelait Teutatès ou Gargan, également Gargan Teutatès, d’où Gargantua). Son élément était le feu et la lumière. Le rouge était sa couleur. Il portait la foudre et les âtres des maisons lui étaient dédiés. C’est la raison pour laquelle il était réputé venir par les cheminées pour faire le bien.

Les Romains assimilaient Wotan à Mercure (le Hermès des Grecs, portant grande cape et large chapeau rouges), le dieu des commerçants et des poètes, entre autres… Or, pour les princes germaniques antiques, commerce et guerre étaient souvent liés. C’est pourquoi Wodan, dieu nocturne et protecteur des troupeaux, était à la fois le Dieu des commerçants et celui des victoires guerrières… Si aujourd’hui Noël est une fête commerciale assez envahissante, ce n’est probablement pas par hasard.


 

Laïcités respectives – Question de point de vue

7.11.2013 Du côté des clichés 0 Commentaire
Chacun voit la laïcité à sa porte.
Photo Greudin 2004
Chacun voit la laïcité à sa porte. Photo Greudin 2004

Chacun voit la laïcité à sa porte. Dans les agendas de nos profs chaque jour a son Saint, en Bavière on fait la chasse aux crucifix dans les classes. Les subventions aux écoles religieuses étonnent les Allemands, la Kirchensteuer (*) choque les Français.

Problème de vocabulaire : les Allemands ne font pas la subtile distinction laïc-laïque. Le Laie (le laïc) est un croyant qui ne fait pas partie du clergé. D’où, en allemand, un sens dérivé : profane, non-professionnel, non-spécialiste, voire bricoleur. Laienhaft (à la manière du laïc) est synonyme de dilettantisme ou sabotage du travail.

Si la loi de 1905 n’utilise pas le mot laïcité, la séparation de l’Eglise et de l’Etat a laïcisé la vie civile et politique, tout comme en République de Weimar quatorze ans plus tard. Le principe était déjà dans la Constitution américaine de 1776 (repris au Japon en 1889). En Allemand, ce processus de séparation, commun à tous les états modernes, est la Sekularisierung (cf. la sécularisation des biens d’église allemands de 1803).

La radicalité affichée en France dissimule une réalité plus nuancée : l’état subventionne des écoles confessionnelles privées (pas loin du tiers des écoles françaises) ; l’Alsace-Lorraine vit encore sous le Concordat de 1801 ; la propriété publique des églises oblige le contribuable à payer une part de leur entretien.

Le modèle de la séparation allemande est plus partenarial. L’Etat reconnaît aux Eglises leur rôle de corps constitués à côté des seize Etats de la Fédération (**) avec un budget correspondant. Mais, interdites de la levée d’impôt, les Länder le font pour elles et encaissent au passage un petit pourcentage (cet “arrangement” date de la sécularisation de 1803).

Caricature extrême : l’Etat français allège les charges des communautés religieuses, les Länder allemands facturent les services rendus.

Changement de perspective : l’Etat français s’est émancipé de la tutelle de l’Eglise catholique, mais son empreinte reste présente ; en Allemagne, les règles de cohabitation ont donné l’indépendance aux Eglises.

De part et d’autre du Rhin les contreverses sur les mérites respectifs de chaque système n’ont jamais cessé. En 1871, la Prusse avait sécularisé l’enseignement religieux, en 2005 la France laïque rétablit le principe de l’enseignement du fait religieux. Les deux Etats ont aussi une même difficulté à dialoguer avec l’oumma sunnite dont les dogmes excluent l’ecclesia.

(*) impôt d’Eglise
(**) Staatsferne Körperschaften öffentlichen Rechts


 

Source / QuelleFAFA-pour-l-Europe

 

 

 

 

 



Réagir


CAPTCHA