Mur de Berlin: 1989, Concert du violoniste russe Mstislav Rostropovitch - Comment Danone a profité de la chute du mur de Berlin

Deux visions de voir les choses

 

 

1989, le mur tombe et avec lui l'économie se libère. Danone saura en profiter au maximum en faisant déferler ses yaourts à l'est, jusqu'à Moscou.

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9 novembre 1989 : des milliers de Berlinois attaquent à coup de pioche ce qui est devenu depuis 28 ans, le mur de la honte. L’Ouest et l’Est de l’Europe sont à nouveau réunis. Une marque voit immédiatement l’enjeu économique, un immense marché qui s’ouvre pour ses produits laitiers. La chute du mur ce soir de novembre, personne ne s’y attendait. À l’Est, le porte-parole de la RDA tient une conférence de presse. Günter Schabowski, d’un air détaché, autorise les voyages vers l’Allemagne de l’Ouest. Pour les berlinois, c’est un coup de tonnerre. Une foule se masse aux postes frontières, les barrières sont levées, les premiers coups de pioches raisonnent sur un mur qui s’effondre en quelques heures. Parmi les spectateurs du monde entier, deux amis.

Le patron de Danone, Antoine Riboud et le célèbre violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch. "Rostropovitch il dit à Antoine, je veux absolument aller à Berlin. Antoine lui dit, bon, on part demain matin avec l’avion de Danone. À 11h du matin ils se retrouvent au bas du mur. Rostropovitch sort son violoncelle et devant les caméras du monde entier, se met à jouer une sonate de Bach. Pour Antoine Riboud ça a été un moment de très très grande émotion dans sa vie", raconte Jérôme Tubiana, historien du groupe Danone. 

 

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Introduire le concept de marque et multiplier les saveurs

Le chef d’entreprise voit aussi immédiatement l’enjeu économique. "À l’époque, Danone n’existe qu’en Europe de l’Ouest. Le dénouement politique a aussi des bienfaits économique. Ça a commencé tout de suite. Il fallait en un claquement de doigt monter des équipes. Danone s’est associé avec la banque d’Europe de l’Est et à tout de suite pris des positions dans la plupart des pays", explique Jérôme Tubiana. Des laiteries sont achetées, tout un réseau de transport de marchandises se met en place. Et en quelques mois, les yaourts Danone déferlent à l’Est.

À l’époque Günter Mauerhaufer est chargé du développement. "C’était un grand marché de 450 millions d’habitants. Jusqu’aux pays de la Yougoslavie, toute cette couronne autour de l’URSS", rappelle-t-il. Et pour faire connaitre ses yaourts, Danone doit innover.

 

"Dans l’économie communiste, il n’existait pas la notion de marque. Nous avons dû nous adapter avec la publicité qui est aussi un contexte novateur. Par exemple en Pologne nous avons créé le premier tram logoté, peint en bleu avec le logo de Danone", confie Günter Mauerhaufer. 

 

Les yaourts Danone ont beaucoup de succès, des nouveaux goûts sont proposés. Yaourts aux fruits, aromatisés, petits Gervais pour les enfants. Fromages frais, yaourts nature. Dans le même temps, le contexte diplomatique continue de se détendre.
 

Comment une marque connue de tous a réussi à s'imposer en profitant d'un événement, d'une actualité. Fleury Michon et le congé parental, Danone et la chute du Mur de Berlin... Anaïs Bouissou décrypte les “success stories” !

 

Source   /QuelleLogo-RTL-Radio-Webseite

 

 

À l'annonce de la chute du Mur, le célèbre violoncelliste est aussitôt parti pour l'Allemagne, improvisant sur place un concert. Sa fille raconte.

 

La photo a fait le tour du monde. Pour une fois, elle n'était pas posée, encore moins préparée. Le 9 novembre 1989, Mstislav Rostropovitch, dit Slava, violoncelliste de génie, musicien universel, citoyen du monde, était bien tranquille dans son appartement de l'avenue Georges-Mandel, dans le XVIe arrondissement de Paris.

Lorsqu'il entendit à la radio qu'il se passait quelque chose du côté du mur de Berlin, son sang ne fit qu'un tour. Il avait toujours agi ainsi, tant dans sa carrière musicale - il est décédé en 2007 - que dans sa vie personnelle et son parcours politique : en toute spontanéité, impulsif, sans prévoir.

 

Au petit matin du 11, il appelle son vieil ami le capitaine d'industrie Antoine Riboud, président de Danone, qui avait tant soutenu les initiatives du violoncelliste, notamment au Festival d'Évian qu'ils avaient créé : qu'il fasse, lui dit-il, préparer son avion privé.

Riboud lui signale qu'il a tout de même besoin de connaître la destination, ne serait-ce que pour demander l'autorisation d'atterrir. Slava lui répond : «Nous partons pour Berlin.»

 

Et voici deux hommes et un violoncelle envolés pour ce qui n'était pas encore redevenu la capitale allemande. Une fois arrivés, ils montent dans un taxi, mais pour aller où ? Le mur de Berlin est très étendu ! Ils optent pour Check Point Charlie, le point de passage symbolique de l'Est à l'Ouest. Rostropovitch et Riboud descendent de voiture, le musicien sort son violoncelle de l'étui et se rend compte qu'il a oublié un détail : il n'a pas de chaise.

Riboud ne se laisse pas perturber par si peu : il entre dans une guérite de gardiens et emprunte le siège de l'un d'eux, récalcitrant au début, puis dubitatif, et enfin résigné. Rostro s'assoit devant le Mur et se met à jouer Bach, que cet homme profondément spirituel avait toujours associé à Dieu.

 

Ce geste fut très mal compris. On parla de coup de pub, d'exploitation de l'actualité à des fins de communication. C'était mal connaître Slava. Selon sa fille Elena, ce jour-là, il ne joua pas pour le monde, mais pour soi : «C'était son testament personnel, c'était comme si c'était sa propre fête : il avait été obligé de vivre constamment tiraillé entre deux patries, l'URSS et le reste du monde, et le Mur symbolisait à lui seul cette séparation entre deux univers. Il n'avait jamais pensé le voir tomber.»

 

Lui-même se plaisait à répéter que c'était comme si le mur de Berlin séparait «les deux parties de son cerveau». Lorsqu'il commença à jouer, il n'y avait presque personne. Puis les voisins et les passants formèrent un attroupement, photographes amateurs et journalistes se joignant à eux, sans toujours savoir qui ils photographiaient.

Il fut toujours un rebelle

Le musicien, né en 1927, avait été rattrapé par la politique bien des années auparavant.

 

Pur produit de l'éducation musicale soviétique d'excellence, il avait commencé le piano à 4 ans et donné son premier concert public à 8 ; commencé le violoncelle à 10 ans et donné son premier concert à 13.

Entré au Conservatoire de Moscou à 17  ans, il passa directement de deuxième en cinquième année. Ami de Prokofiev et Chostakovitch, dont il créa les œuvres qu'ils écrivirent pour lui (il avait 22 ans lorsque Prokofiev lui dédia sa Symphonie concertante), il fut toujours un rebelle. Comme le rapporte Claude Samuel, fondateur du Concours Rostropovitch dont la finale a lieu cet après-midi Salle Pleyel, il ne se coula jamais dans le moule.

Ainsi, en 1970, la ministre de la Culture d'URSS réunit les présidents de jury du Concours Tchaïkovski pour leur donner ses instructions : il fallait impérativement qu'un candidat russe l'emporte. «Pourquoi ?», demande Rostropovitch. «Mais parce que c'est le centenaire de Lénine, voyons !», répond la ministre. «Alors pourquoi ne pas décaler le concours d'un an ?», répondit Slava avec un sourire impertinent. Il était coutumier du fait : alors que le Concours Rostropovitch a lieu tous les quatre ans, il demanda à Claude Samuel d'avancer celui de 1998 à 1997 pour qu'il coïncide avec son soixante-dixième anniversaire. Ce qui fut fait. «Comment lui dire non ?», dit Samuel.

 

Les choses se gâtèrent au début des années 1970, lorsque Rostropovitch prit publiquement la défense de Soljenitsyne. Passé à l'Ouest pour des «vacances» (il refusera toujours de parler d'exil), il apprit par la télévision qu'il était déchu de la nationalité soviétique en 1978.

Pratiquant, outre le violoncelle et le piano, la direction d'orchestre depuis des années, il prit alors la direction de l'Orchestre symphonique national de Washington. Et c'est avec son orchestre américain qu'il retourna à Moscou en 1990, année de sa réhabilitation par Gorbatchev. Demeuré apatride, il refusa la nationalité russe que l'on proposait de lui restituer, puis prit parti pour Poutine, s'impliquant à nouveau dans la vie musicale russe. Il était bien retourné une fois en Union soviétique après sa déchéance. Grâce à un visa obtenu par le sénateur Ted Kennedy auprès de Leonid Brejnev, mais il avait alors été hébergé à l'ambassade des États-Unis, autre pied de nez savoureux de cet homme épris de symboles.

Un homme d'une énergie vitale ravageuse. Sa fille Elena, qui l'accompagna souvent en tournée, concède volontiers qu'au bout de quinze jours, c'est elle qui était épuisée tant il enchaînait concerts, voyages et fêtes bien arrosées sans dormir. Un idéaliste aux idées politiques parfois simplistes, mais à la conscience aiguë du caractère sacré de l'art : ces «Suites pour violoncelle de Bach» qu'il joua devant le Mur, il attendit d'avoir 65 ans pour les enregistrer, comme s'il était intimidé par ce monument où la musique tutoie le divin.

Il demanda à Claude Samuel, alors directeur de la musique de Radio France, de lui fournir des ingénieurs du son «maison» pour réaliser un enregistrement privé à la basilique de Vézelay : il tenait à les rémunérer lui-même, afin d'être seul dépositaire des bandes et de pouvoir les détruire s'il n'en était pas satisfait.

 

Source / Quelle : Site-Web-le-Figaro-fr

 

 

 



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